Ce qu’est la recherche

Il faut expliquer que la recherche n’est autre qu’une recherche collective, et que notre perception n’est qu’un don de plus dans cette grande quête de sens.

Celui qui cherche une carrière ignore tout de son temps. Nous n’avons pas le temps, et si celle-ci se fait, elle se déliera ensuite. Nous n’avons pas le temps, et à quoi bon la reconnaissance de quelques pairs ? Nous sommes pris dans une quête collective à laquelle chaque corps, par sa forme singulière, contribue qu’il le veuille ou non.

Ce qu’est la recherche n’est donc pas ce que l’on en dit : une évaluation, une récompense, un statut certifié, un énième commentaire blotti dans l’ombre d’un autre. Elle est en notre propre nervosité, ce qui fait bondir, réagir, suffoquer. Elle est dans les énigmes de notre nature, corps que nous sommes et que nous ne rencontrons qu’en éclats. Éclats jouissifs, éclats douloureux.

Mais ce corps est corps du monde parmi d’autres corps qui se cognent, se frôlent, s’emboîtent, se caressent, se plient, se tendent, organes d’organismes eux-mêmes organes d’organismes – jusqu’où ? Question de chercheur.

En cela, que signifie une “recherche personnelle” à moins d’être pléonasme ? Chercher, c’est se chercher soi, mais c’est aussi chercher notre nature. C’est offrir sa perception et l’ajouter à une palette plus dense, dans l’infini mystère des choses. C’est une prétention et une humilité à la fois. Ce n’est ni choix ni mérite. C’est une affirmation pleine de notre existence.

Mais pour partir en quête : quitter l’expression sociale. Dévêtir le corps de ses parures de honte. Repenser son geste et ses liens. Parler du corps lorsqu’on parle de cœur. Parler du corps lorsqu’on parle de tête – car ce n’est jamais la tête ou le cœur, c’est toujours le corps. Revenir à notre forme entière. Plaindre ceux qui méprisent notre nature sous prétexte d’une vérité du langage. Exprimer au grand jour ses besoins, en veillant à ne jamais en imposer un seul. Se savoir animal, en retrouver le sens, puis l’écoute. Car dès lors, c’est à d’autres corps que l’on s’adresse. Dès lors, leur forme radicale éclate le monde une nouvelle fois – et encore. Encore : mot de chercheur. Rien de plus animal que ce mot-là.

© Romane Fraysse

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