L'International

À L’International

Au centre, un comptoir rouge, et tout autour, des murs noirs débordant d’affiches, miroirs, autocollants et graffitis en tout genre. Par-ci par-là, canapés en cuir et chaises hautes, au loin un fumoir, et quelques marches plus bas, une cave accueillant des concerts depuis 2008. Entre Ménilmontant et Oberkampf, le bar L’International – ou “L’Inter” pour les familiers – compte désormais parmi les dernières scènes rock de Paris, aux côtés de la Mécanique Ondulatoire ou du Supersonic – feu Le Bus Palladium. Mais contrainte d’y mener d’importants travaux, l’équipe lance des appels à l’aide pour sauver le lieu, et souhaite du même coup alerter sur la situation des musiciens amateurs en France.

L’ambiance a pas mal changé. D’un point de vue musical, L’Inter accueillait au départ des artistes pop de tous horizons, s’ouvrait aussi au rap et au hip-hop. C’était diversifié, plutôt grand public. Quand notre équipe est arrivée en 2021, on a repris en main la programmation des concerts. Il fallait redonner confiance, la salle n’avait plus une très bonne réputation auprès des musiciens. On a donc fait en sorte de se professionnaliser et de retrouver peu à peu une clientèle d’habitués, avec une ligne artistique plus assumée, axée sur le rock au sens large.

En temps normal, on organise des concerts tous les soirs dans la cave. Puis, du jeudi au samedi, des clubs de musique électro ont lieu de minuit à 6 heures du matin. Une partie des concerts est programmée directement par l’équipe, et le reste est organisé par des associations et des collectifs que l’on reçoit. On essaie de les accueillir dans les meilleures conditions possibles : on leur prête la salle sans location, on ne leur prend pas de pourcentage sur la billetterie, et notre ingénieur du son ainsi que le matériel de la salle sont mis à leur disposition gracieusement. Ce qui reste rare…

Les problèmes ont commencé en janvier 2024. Au départ, on a contacté un architecte pour faire une étude préparatoire dans la cave, en prévision de travaux d’insonorisation. Mais en se rendant sur place, il a découvert que certaines voûtes du plafond de la cave s’affaissaient, et qu’il y avait donc un potentiel risque d’écroulement.

Dès lors, tout est allé très vite : on a dû fermer le bar le 24 janvier 2024, annuler toute la programmation sur six mois, et depuis un an, on cherche des solutions à la fois pour continuer de faire vivre L’Inter (concerts hors les murs, réouverture temporaire du rez-de-chaussée, etc.) et pour réunir les financements nécessaires à la réalisation des travaux.

On a besoin d’aide, car les travaux sont considérables. Il faudrait refaire tout le sol du rez-de-chaussée du bar en plus des travaux d’insonorisation prévus initialement : on estime tout ça à 800 000 €.  Dans le cadre du montage financier de ces travaux, on a déposé un dossier de demande de subvention auprès du Centre national de la musique pour un montant de 250 000 €. Cela a été fait en juillet 2024, mais on a reçu une réponse seulement en décembre, et elle était négative !

© Gérald Chabaud

En fait, le CNM juge que L’Inter et les groupes qui composent sa programmation ne font pas partie du secteur professionnel. Il existe en France un certain flou juridique sur la distinction entre amateurs et professionnels. Le régime de l’intermittence a été conçu pour protéger les musiciens professionnels, et notamment s’assurer du respect de minima sociaux, ce qui est une très bonne chose, évidemment. Le problème c’est que les musiciens amateurs s’en trouvent lésés. Contrairement aux professionnels, les groupes qui débutent n’ont pas encore de public : pourtant, sur le papier, ils doivent prétendre aux mêmes minima sociaux, que des lieux comme le nôtre ne sont pas en capacité d’assumer.

© Mathis Renaud

Plus concrètement, pour un concert, on devrait payer au minimum 200 € chaque musicien : pour un groupe de quatre personnes, cela nous revient à 800 €. Or, l’économie de salles comme L’Inter est extrêmement fragile… Si on s’alignait sur ces prix-là en maintenant une programmation composée de groupes amateurs, on mettrait inévitablement les clés sous la porte au bout de quelques semaines. On est donc contraints de les payer en dessous des sommes exigées.

C’est le même problème dans toutes les caves à concerts de France : on est un peu en dehors des clous, mais on tolère notre existence, puisque sans nous, les artistes émergents n’auraient plus de solutions pour faire leurs premières scènes. Par contre, quand il s’agit de demander de l’aide, c’est une autre histoire, puisque nous ne sommes pas reconnus par les pouvoirs publics.

Pour le moment, on a décidé de rester ouvert trois jours par semaine en attendant de trouver des solutions. On est entré en contact avec certains investisseurs qui pourraient nous soutenir… C’est la piste principale aujourd’hui. On a aussi lancé une cagnotte pour nous aider à assumer les frais de fonctionnement au quotidien. À défaut de pouvoir faire des concerts, on organise des DJ sets, des marchés de créateurs, des animations proposées par des habitués, des tournois de fléchette, des karaokés, tables rondes ou blind tests… Des salles, comme le Hasard Ludique, nous ont également proposé de faire des concerts de soutien.

© Titouan Massé

On espère pouvoir sauver L’Inter, qui reste une des dernières scènes rock de Paris. Cette situation aura en tout cas permis d’évoquer le problème de l’intermittence et des musiciens amateurs. Ça nous tenait aussi à cœur de le mettre en avant.

Entretien mené par Romane Fraysse

L’International
5-7 rue Moret, 75011 Paris
Pour les soutenir, c’est par ici
ou tout simplement, aller y boire un verre

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